Investie dans la formation pour la maîtrise de cette compétence clé que constitue la capacité à lire et écrire en français, j’ai assisté au 4e Forum contre l’illettrisme, qui s’est tenu le vendredi 21 juin 2013 à Marseille. Une rencontre qui se voulait porteuse d’espoir face à une grande cause nationale.

En préambule de la conférence, Pierre Péju, romancier, essayiste et philosophe, a développé une intervention autour de la problématique : « La langue, bonne ou mauvaise mère ».

Sa réflexion sur la langue maternelle empruntait les concepts du psychologue Winicott. Pour mieux illustrer le thème de l’illettrisme, Pierre Péju a abondamment puisé dans sa propre expérience, notamment le bain de langage dans lequel il a eu la chance de grandir, mais aussi une anecdote angoissante, fantastique au sens littéraire du terme, qu’il relate dans sa nouvelle « La Confusion des caractères ou L’Idiot de Shanghai ». Au cours d’un voyage en Chine, il s’est en effet trouvé confronté à l’absolue illisibilité des signes graphiques, à proprement parler donc : en situation d’illettrisme (temporaire, mais très anxiogène).

Cette analogie permet de bien comprendre pourquoi ce phénomène -par trop discriminant pour 11 % de la population, et trop scandaleux pour un pays dit développé- a été déclaré grande cause nationale 2013. On peut se demander pourquoi limiter dans le temps ce qui nécessite déjà, et nécessitera longtemps encore, une forte mobilisation de tous les acteurs sur le terrain.

À l’occasion de ce 4e forum, les trophées du 8e concours Prévenir et lutter contre l’illettrisme ont été remis à treize associations régionales. Le 1er prix a été attribué à Mot à Mot, une association marseillaise dont la vocation est la transmission du langage à travers des passerelles, ateliers sociolinguistiques de proximité.

Concrètement, le coup de projecteur donné sur ce problème permet de souligner d’une part l’étendue de la question (ce ne sont pas que des étrangers ou des marginaux qui sont concernés), et d’autre part d’informer le grand public sur les solutions mises en place et accessibles. En effet, tout un chacun peut être concerné, directement ou indirectement : forte est la probabilité de côtoyer une personne en difficulté, voire en détresse, face à l’écrit. Ainsi, l’ANCLI a communiqué un chiffre significatif : 7 % de la population âgée de 18 à 65 ans, ayant été scolarisée en France. Il est malgré tout bon de dédramatiser la situation, en rappelant qu’elle n’est pas une fatalité, et que l’on peut apprendre à tout âge grâce à la formation continue.

Enfin, l’événement ayant été un succès, puisque près de 300 personnes étaient présentes, quatre autres manifestations comparables vont donc être proposées en septembre 2013 à Aix-en-Provence, Montpellier, Nice et Toulon, dans un lieu culturel, afin de sensibiliser encore plus de public. Je vous invite à y assister.