Passionnée des mots, j’ai toujours été sensible à la lutte contre l’illettrisme, entendu au sens large. Je trouve terrible qu’à notre époque, ce soit encore un problème de société. J’avais publié un article à ce sujet en 2012. C’est pourquoi, dans mon parcours, j’ai suivi la formation de formateurs ECLER. Je trouve cette démarche profondément juste, car elle permet à l’apprenant de progresser à partir d’où il en est, et quel que soit son point de départ.
Marie-Hélène Lachaud est formatrice d’adultes et chercheure en sciences du langage. Elle forme les formateurs à ECLER sur d’autres thématiques de son domaine. Elle a la gentillesse de se prêter à l’interview du mois pour mettre en lumière les enjeux de cette démarche.

Bonjour Marie-Hélène, peux-tu résumer en quoi consiste ECLER ?
ECLER est une démarche de formation destinée à toute personne qui souhaite améliorer ses compétences linguistiques, en particulier à l’écrit. C’est une façon de prendre confiance avec l’écrit et avec l’écriture, dans une visée émancipatrice tout en développant de nouveaux savoirs et savoir-faire.

Comment es-tu venue à ECLER ?
Je suis venue à ECLER par la lecture d’un article écrit par Noël Ferrand, le fondateur de cette démarche. Il apportait des réponses concrètes à mes questionnements de formatrice débutante pour la formation à l’écrit. J’intervenais pour le GRETA et j’étais en charge de la partie français et bureautique. Ce qui était particulièrement pertinent avec ECLER, c’est qu’on partait véritablement de l’individu, de ses acquis pour s’adapter à sa situation particulière. J’ai découvert une posture dans laquelle je me retrouvais, dans la lignée de Freire et de Freinet. En plus, l’outil informatique était intégré à l’apprentissage et je trouvais cela fondamental.
Aujourd’hui, j’utilise ECLER comme une méthodologie à part entière, quel que soit le module de formation. En plus du collectif, j’aménage un temps de « côte à côte pédagogique » et j’ai ajouté un volet explicitation dès qu’il y a production d’écrit, dans une perspective de progression constante pour l’apprenant.

Quels sont les enjeux de la lutte contre l’illettrisme ?
Cette question fait écho avec mon point de vue de chercheure… Aujourd’hui, dans le monde professionnel, les écrits sont omniprésents quel que soit l’emploi occupé. Au cours de mes rencontres dans les entreprises ou dans d’autres lieux, je relève des préoccupations, notamment deux :
– La première concerne la notion de responsabilité face à l’écrit. Qu’est-ce que j’écris ? Qu’est-ce que je transmets ? Ça se joue à la fois au niveau individuel, en termes de participation au système d’information, et au niveau collectif, en termes d’image commerciale voire parfois, de responsabilité juridique.
– La deuxième préoccupation est liée à l’accessibilité de l’écrit. Paradoxalement, alors qu’un important volume d’informations est disponible en quelques clics, des difficultés peuvent surgir : s’autoriser à écrire (prendre le risque de ne pas être compris), comprendre ce qui est écrit, interpréter ce qui est lu, mettre en relation les informations, être en capacité de recouper et valider des données… La lecture numérique est un point important que j’intègre à la formation de formateurs ECLER.

Concrètement, quels sont les bénéfices que chacun en retire ?
Pour illustrer les bénéfices, je prendrais l’exemple de Dominique : préparatrice de commande dans une entreprise de logistique, elle ne voyait pas l’intérêt de venir en formation, elle disait qu’elle se sentait gênée de participer à des « cours de français ». Il s’agissait d’une formation interentreprises qui s’adressait aux salariés du secteur de l’insertion professionnelle et de l’économie classique.
Quelques mois ont passé, Dominique a parlé avec des collègues qui ont participé à cette formation. Au départ, la formation s’appelait « savoirs de base » mais les participants l’ont très vite renommée « savoirs plus » car ils trouvaient que ce n’était ni très valorisant ni représentatif des contenus. A l’occasion d’une présentation dans l’entreprise réalisée par la Maison de l’Emploi et l’organisme de formation, Dominique a souhaité en « savoir plus » et a accepté de venir faire une séance d’essai. Au final, elle a suivi un parcours de 120 heures de formation. Elle a très vite porté un autre regard sur l’écriture en particulier quand elle a remarqué qu’elle n’était pas la seule dans l’entreprise à faire des « fautes d’orthographe ». Elle a pris de l’assurance et ne sentait plus gênée à l’idée d’écrire sur le panneau situé dans l’entrepôt. Son responsable a lui-même constaté au cours d’un bilan que lui non plus n’était pas très à l’aise avec l’orthographe, elle n’en croyait pas ses oreilles… Elle a ainsi pris pleinement sa place au sein de l’équipe de travail et dans l’entreprise.
L’entreprise a constaté les bénéfices. Bien sûr, en termes d’autonomie, mais également en termes de cohésion, de productivité et de responsabilisation, entre autres parce que la communication a été améliorée. Ça a changé la dynamique de travail.

Merci Marie-Hélène pour ton point de vue très ECLERant. Pour en savoir plus sur la démarche ou pour bénéficier d’un programme de formation, je vous invite à consulter le blog du pôle des formateurs : http://poleformateurs38-ecler.blogspot.fr/p/praticiens-ecler.html. J’y suis référencée si vous avez des besoins à Marseille.